Des tâches représentatives
Les questions, cas ou documents doivent couvrir les situations que l’on cherche réellement à évaluer. Un score n’a de sens que par rapport à ce périmètre.

Thomas Cole, The Consummation of Empire, 1836
Benchmarks, protocoles, incertitude et validité en conditions réelles.
Un benchmark est un protocole d’évaluation standardisé. Il soumet plusieurs modèles aux mêmes tâches, dans les mêmes conditions, puis compare leurs réponses à une référence explicite. Il ne s’agit ni d’une démonstration commerciale, ni d’un label universel de « bonne IA » : il mesure des capacités délimitées, à une date donnée.
Les questions, cas ou documents doivent couvrir les situations que l’on cherche réellement à évaluer. Un score n’a de sens que par rapport à ce périmètre.
Les réponses attendues, critères de notation et procédures d’arbitrage doivent être documentés, idéalement avec une validation experte indépendante.
Version du modèle, prompt, paramètres, outils, répétitions, coûts, non-réponses et profils d’erreur doivent être rapportés afin que la comparaison puisse être comprise et reproduite.
La santé au travail française constitue un domaine étroit, transversal et fortement dépendant de son cadre national. Elle combine médecine, prévention, toxicologie, ergonomie, droit du travail, institutions et procédures propres aux SPST, au CSE, à l’inaptitude, au maintien en emploi et aux tableaux de maladies professionnelles.
Les corpus d’entraînement des grands modèles sont seulement partiellement documentés. Ils peuvent contenir des sources françaises inégales, anciennes, contradictoires ou peu représentatives de ce petit domaine. On ne peut donc pas déduire d’un bon niveau général en médecine, en français ou en droit que le modèle maîtrise les pratiques françaises de santé au travail.
Cette incertitude ne signifie pas que les modèles sont nécessairement mauvais. Elle signifie que leur compétence doit être mesurée sur des tâches pertinentes plutôt que supposée.
Il permet de distinguer la mémorisation de connaissances, le raisonnement appliqué à des vignettes, la compréhension des rôles institutionnels, les erreurs de sur-inclusion ou d’omission et la robustesse entre plusieurs exécutions.
Il ne prouve pas à lui seul qu’un outil est sûr en situation réelle : une évaluation de terrain, une supervision humaine et une analyse des risques restent nécessaires.
Un benchmark spécialisé a été développé afin de comparer les grands modèles de langage sur des questions représentatives des connaissances et du raisonnement attendus en santé au travail française. L’article scientifique qui en décrit le corpus, le protocole et les résultats est en attente de publication. Les résultats ne sont donc pas présentés ici comme une référence validée par les pairs.
Un classement global ne suffit pas. L’évaluation doit être représentative du domaine, reproductible et capable de montrer la nature des erreurs, pas seulement un score moyen.
Construire des questions représentatives de la prévention, de la réglementation, des expositions, du suivi individuel, du maintien en emploi, de la toxicologie et de l’organisation du travail.
Documenter chaque réponse à partir de sources fiables, faire relire les items et prévoir une procédure d’arbitrage des désaccords.
Examiner les omissions, les réponses excessives, les erreurs juridiques, les biais, les non-réponses et la variabilité entre exécutions.
Comparer les modèles dans des conditions identiques et préciser versions, paramètres, répétitions, coûts, intervalles d’incertitude et limites.
Un système d'IA peut devenir problématique non parce qu'il est spectaculaire, mais parce qu'il s'insère discrètement dans les circuits de décision : attribution des tâches, mesure de productivité, analyse des échanges, scoring, priorisation, tri de dossiers, alertes automatiques ou recommandations managériales.
L'IA peut traiter des traces d'activité, des messages, des plannings, des comptes rendus, des données RH ou des éléments indirectement révélateurs d'un état de santé. Le risque augmente lorsque le salarié ne sait pas quelles données sont collectées, pourquoi, par qui elles sont consultées et combien de temps elles sont conservées.
Garde-fou : minimisation, information claire, base légale, AIPD si nécessaire, séparation stricte avec les données médicales.Planification automatisée, ranking de performance, scoring de productivité ou priorisation algorithmique peuvent modifier les marges de manœuvre sans que le changement soit nommé. L'enjeu est de rendre la prescription compréhensible et contestable.
Question clé : le salarié peut-il comprendre, discuter et corriger la décision soutenue par l'IA ?Si une recommandation IA est erronée, la responsabilité ne peut pas être laissée dans une zone grise. L'entreprise doit définir qui valide, qui peut s'écarter de la proposition, comment l'écart est documenté et dans quels cas l'outil ne doit pas être utilisé.
Principe : la responsabilité humaine doit être explicite, réelle et soutenable.